L’autostop est un jeu de hasard

Un mercredi de juin 2015 en Lozère.
Partis de Lorient lundi, nous sommes attendus cet après-midi à Ruoms en Ardèche. Et depuis ce matin, nous n’avons parcouru que 100 kilomètres avec notamment un routier philosophe et un retraité poète. Nous avons poireauté 4 heures au total dans les paysages magnifiques des gorges du Tarn.
Mais l’horaire de rendez-vous se profile dangereusement, et nous devons accélérer le rythme. Pourtant, précisément, la beauté de la pratique réside dans le fait que ce n’est pas nous qui décidons d’accélérer le rythme ! Deux voitures plus tard, nous parvenons tout de même à Florac, grâce à un moniteur de kayak puis à un prêtre d’origine sénégalaise.
Nous marchons jusqu’à un rond-point.
C’est alors qu’une dame avec son volant à droite s’arrête à notre hauteur. Elle veut bien nous avancer. D’un kilomètre. Car elle ne va pas plus loin que la pharmacie à la sortie de la commune. Nous réfléchissons peu mais bien. Quels avantages à accepter ce lift (1) d’un kilomètre ? Nous ne le savons pas encore, mais notre choix va être déterminant.
Nous voilà un kilomètre plus loin, et, en apparence, rien n’a changé. Enfin si, notre spot (2) est plutôt pourri, nous avons laissé un rond-point pour une ligne droite avec un carrefour à droite.
Pas du genre à baisser les pouces, nous repartons immédiatement en quête d’une voiture avec un panneau « ALÈS ».
Une commerciale s’arrête cinq minutes à peine après notre arrivée, elle est au téléphone, mais nous indique de monter. Une fois son coup de fil terminé, nous apprenons que non seulement Isabelle va à Alès, mais surtout qu’elle remonte ensuite en Ardèche ! Nous avons donc le temps de l’aider dans ses multiples tâches de « commerciale au volant » (pléonasme ?) mais aussi de l’écouter nous raconter la mort de son mari, il y a un an.
L’émotion est forte dans l’habitacle, et le courant passe vraiment bien. Elle nous déposera à une vingtaine de kilomètres de Ruoms, avant de continuer sa route.
En refusant d’avancer d’un kilomètre, nous aurions raté l’adorable Isabelle…

Alors oui, l’autostop est un jeu de hasard ! Que ce soit sur une petite route de campagne ou sur une aire d’autoroute, la rencontre entre l’autostoppeur et le conducteur nécessite qu’un ensemble de conditions soit réuni. On ne pourra jamais en faire une liste exhaustive, mais c’est assez compréhensible !
Je ne compte plus le nombre de fois où sur une aire un conducteur m’a dit « t’as de la chance en plus j’aurais pas dû m’arrêter mais [insérer la fin de phrase ici] ». Avec la palme de la raison qui revient le plus souvent pour le téléphone qui sonne. C’est bien, c’est Sécurité routière friendly.
Il y a aussi ceux qui ne devaient pas passer par cette route, et qui te cueillent au passage.
Et à part ça, plein d’autres choses entrent en compte.
Mais avant tout, il faut que le conducteur soit dans un bon jour. Et ça non plus on ne le maîtrise pas. Déjà il faut qu’il ait de la place, pour s’arrêter, dans sa voiture, et dans sa tête. Tu peux attendre depuis 3 heures sur le bord de la route, sous la pluie, alors que la nuit arrive… Mais si le conducteur a d’autres soucis en ce moment, ou bien est pressé, il y a de grandes chances pour que ta nuit soit humide !

Tout cela fait partie de la pratique et on ne peut que l’accepter.
Mais rassurez-vous, il y a des brèches dans ce portrait de la pratique, et il serait hasardeux de ne pas en tenir compte.
Si ton but est de décoller du bord de la route (et c’est le cas pour 100% des autostoppeurs selon un récent sondage), tu peux accélérer les choses. Oui oui !
Avec un regard et un sourire par exemple, on envoie des signaux de sympathie qui nous font gagner des points précieux. Ça, on maîtrise.
Ce qui ne relève pas du hasard non plus mais qu’on maîtrise moins, c’est qu’une voiture s’arrête et que le conducteur nous dise : « j’en ai beaucoup fait quand j’étais plus jeune », là on peut le dire sans trop de risque : il y a un lien !

Au final, qu’est-ce que le hasard dans le stop ? Est-ce que c’est « rencontrer quelqu’un » ? Non, en stop il n’est pas rare de rencontrer quelqu’un. Ce qui est unique, c’est de rencontrer la ou les personnes précise(s) avec qui on voyage. Cette rencontre unique et très souvent éphémère relève du hasard, ce qui constitue le principal attrait de la pratique : découvrir et partager des expériences de vie aussi différentes les unes que les autres, grâce au hasard !

 

(1) lift : il n’y a pas d’équivalent en français pour désigner le trajet qu’on effectue en stop avec une voiture
(2) spot : emplacement choisi (ou pas) par le stoppeur

 

Pierre-Élie

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