« Soit très protecteurs, soit très vigipirates », enquête sur le genre et l’autostop

Y a-t-il des différences entre la vie d’une auto-stoppeuse et celle d’un autostoppeur ? Dans leur entourage, dans leur tête ou dans les voitures qui les prennent ?

Pour y répondre, j’ai consulté près de 60 jeunes de 17 à 27 ans, pratiquant l’auto-stop souvent ou occasionnellement. Des étudiant-e-s, adeptes des voyages Stop&Go ou non, ne constituant sûrement pas un échantillon représentatif de la population française, mais qui m’a permis de vérifier certaines hypothèses.


Alors que les hommes ont l’esprit tranquille, les femmes, elles, partent déjà avec d’encombrantes pensées

Plus de 80% des hommes interrogés affirment être soutenus ou compris par leurs proches quand ils expliquent pratiquer le stop. Certes, on leur demande parfois « pourquoi s’embêtent-ils » avec le stop alors qu’il y a des bus ou des covoiturages, mais c’est tout.
Pour les femmes, l’entourage semble prendre une part plutôt envahissante : « mais t’es folle ! » (cité 3 fois), « fais attention ! » (5x), « t’as pas peur ? » (5x), « toute seule ?? » (8x) et surtout la notion de « danger » à toutes les sauces (9x)… Alors logiquement, pour deux tiers de celles qui n’ont jamais fait de stop toute seule, l’avis de leur entourage joue un rôle prépondérant, comme une sorte de boulet chevillé au corps dont il est difficile de se débarrasser.
Et si, au final, une minorité ne souhaite vraiment pas faire de stop toute seule, 50% des femmes interrogées déclarent vouloir le faire mais il leur manque du temps (cité 3 fois), de la sécurité (3x) et surtout d’ « oser » ou « de la confiance » (10x)… coïncidence ?

« J’en ai fait une fois [seule, ndlr] et ma mère m’a tellement engueulée et fait la gueule que depuis je n’ose plus recommencer » raconte une des autostoppeuses.

 


« Rassurantes » et « à protéger », les femmes sont plus rapides en stop !

Lorsque l’on demande aux hommes s’ils trouvent une différence entre stopper tout seul ou à plusieurs, la réponse est partagée. « Ce sont deux expériences qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients« . Mais la plupart s’accordent à dire qu’être à plusieurs, surtout avec une autostoppeuse, « c’est beaucoup mieux et plus facile ». « Être avec une fille rassure« . Et rassure qui ? Les conducteurs et les conductrices pardi !

Deux phrases reviennent très régulièrement de leur part lorsqu’ils et elles prennent des autostoppeuses :
– « j’ai une fille de votre âge et je n’aimerais pas qu’elle soit au bord de la route toute seule »,
– et « je préfère que ce soit moi qui m’arrête plutôt qu’un fou après »…

C’est donc par volonté de protéger la femme qui se trouve au bord de la route mais également parce que celle-ci ne lui « fait pas peur », au sens où, souvent, le conducteur ou la conductrice est rassuré-e par la présence d’une femme, qu’elle soit seule, en binôme, trinôme ou même quadrinôme !
Pour le féminisme on repassera, mais pour le temps passé au bord des routes, l’avantage est évident ! (A quand une étude quantitative pour démontrer mathématiquement cet argument ?)


Alors au final, le stop est-ce dangereux ?

Un grand NON chez les hommes, « sauf si on compare à peler une orange ». Ils n’oublient pas non plus que le danger des « risques d’accident de voiture » existe. Rien d’autre…
La moitié des femmes interrogées répond pourtant « non » également, notamment celles qui en font toute seule. Mais les autres sont plus mitigées et rappellent que le stop c’est entrer dans « un espace intime qui n’est pas le [leur]« , un « espace confiné ». Ajouter à cela le fait d’être « en position de demande d’un service » : certaines femmes se sentent alors « en position de faiblesse ». Enfin, et alors que ce type de réponses est totalement absent chez les hommes, les risques d’agressions sexuelles reviennent plusieurs fois dans les résultats.

Cette différence de perception de la réalité est-elle réservée au domaine de l’autostop ?
Que nenni, place à la dernière partie !

Le stop comme reflet de notre société : patriarcale et anxiogène

Une société patriarcale crée forcément des inégalités, là je ne vous apprends rien. Ce qui est plus subtile, c’est que des activités banales pour les hommes deviennent des exploits pour les femmes (comme faire du stop seul-e), tant elles doivent préalablement faire tomber plusieurs barrières.
Vous me direz, en France, cela ne fait que 50 ans que les femmes peuvent ouvrir un compte en banque sans avoir à demander l’autorisation à Monsieur, alors, une femme seule au bord de la route, même en 2017, cela intrigue et déclenche des élans protecteurs à peine enfouis.
Mais la société patriarcale est surtout perceptible (quand on est une femme) dans l’espace public, que ce dernier ressemble à un tram, à l’Assemblée Nationale, à un parc ou à un bord de route. L’appréhension (ou le fait) d’être abordée, interpellée voire insultée encombre l’esprit et peut gâcher le moment. Dans le cas du stop, le fait de pouvoir éventuellement refuser sa voiture et son conducteur limite les rencontres désagréables.

La seconde caractéristique qui entre en compte est la p-e-u-r généralisée. Un autostoppeur explique : « Je vois une France qui a peur des autostoppeurs à cause des médias qui inspirent à la peur et à la non-confiance envers les étrangers ».
Tout doit être sûr, vérifié par la carte nationale d’identité (poke Blablacar), le tout pour « garantir la sécurité »… De ce point de vue, c’est certain, le stop est une douce folie.
D’un côté, l’entourage de l’autostoppeur et de l’autostoppeuse s’inquiète : « fais attention, tu ne sais pas sur qui tu peux tomber », et de l’autre le conducteur ou la conductrice ne s’arrête pas non plus car « il/elle ne sait pas sur qui il/elle peut tomber », une double barrière de peur qui explose souvent dès lors qu’une première portière s’ouvre.

Et une dernière autostoppeuse de résumer : « On me prend dans un ressenti d’insécurité pour ma personne. Donc soit des français très protecteurs, soit très « vigipirate »… »

Il est maintenant temps pour moi de vous souhaiter un bel été sur les routes, en solo ou en binôme !

Merci à Clara pour sa contribution et ses apports dans la longue gestation de cet article !
Merci à Anouk et son mémoire sur le stop qui est venu alimenter ma réflexion et les réponses de cette (petite) enquête.
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